Les outils numériques en production animale

A la suite des infographies proposées sur l’écosystème numérique en production végétale, j’avais eu plusieurs demandes de synthèses similaires en production animale. C’est maintenant chose faite. Nous revenons aujourd’hui avec un panorama des solutions numériques en production animale ! Cette synthèse se concentre principalement sur la France ou sur les solutions assez démocratisées en France. Ce travail est issu de la collaboration avec Cécile Gallart, pendant son stage de M1 de 2 mois à l’institut agro de Montpellier. Merci également à Montaine Foch pour la mise en commun de son travail de veille.

Les précédentes infographies d’Aspexit – celles sur l’écosystème numérique en production végétale – ont été présentées sous la forme d’une image statique. Tous nos nouveaux travaux sont maintenant passés sous la forme d’arborescences interactives directement disponibles depuis un navigateur internet dont le lien est en bas de cet article (l’arborescence n’est plus circulaire, elle a repris la forme d’une hiérarchie plus classique). Ces cartographies dynamiques vous permettront de vous balader plus facilement au sein des écosystèmes Agtech ! Pour les lecteurs intéressés, l’interface web interactive a été mise en place à l’aide du langage R et du package Shiny. L’arborescence est construite à partir du package ‘collapsibletree’.

Comme pour toutes les infographies que nous proposons, nous essayons de balayer large. Les acteurs du numérique en élevage ont été recherchés avec attention ; nous nous excusons d’avance pour toutes les solutions que nous aurions pu avoir oubliées. N’hésitez pas à nous contacter en ce sens.

 

Quelques éléments préalables à l’utilisation de ce panorama du numérique en production animale

L’interface est constituée de deux panneaux (dans la bande noire en haut de l’interface) :

  • Dans le premier, vous pouvez interagir avec l’arborescence à l’aide de clics de souris et des filtres mis à disposition. Au sein de l’arborescence, les nœuds sont classés – de haut en bas – par ordre décroissant du nombre de solutions présentes dans chacun des nœuds. Un tableur sous l’arborescence fait la synthèse des solutions sélectionnées.
  • Dans le deuxième, vous trouverez les explications des critères et labels utilisés pour catégoriser les différentes solutions

L’arborescence est disponible pour trois types de solutions particulières en élevage :

  • Les applications mobiles, et certains logiciels
  • Les capteurs statiques et embarqués, replacés dans la catégorie générale d’IoT
  • Les robots : des travaux en commun ont été menés avec l’infographie sur la robotique en agriculture (on y trouvera donc plus de solutions en dehors de France).

Comme pour la production végétale, la production animale regorge de solutions et d’outils numériques à disposition. Il y en a en rapport avec le cheptel d’animaux directement, d’autres en rapport avec la production végétale pour nourrir ces animaux ; d’autres encore pour la gestion des bâtiments d’élevage. Bref, des choix ont dû être faits pour simplifier le travail de veille. A ce titre, les solutions numériques ne concernant pas directement ou indirectement les animaux n’ont pas été pris en compte (drones d’extérieur, machines agricoles, capteurs embarqués sur machines agricoles…). Les applications mobiles recensées dans ce travail de veille sont celles demandant une action directe de l’éleveur. Les applications mobiles proposant exclusivement des fiches de conduites ou des fiches techniques n’ont pas été considérées. Certaines solutions, comme les distributeurs automatiques de lait et concentré (DAC et DAL), n’ont pas été listées car ces distributeurs n’entraient pas dans les catégories que nous avions considérées. Certains outils, plutôt mis en avant comme des accessoires (sans aucun dénigrement) comme les smartphones, tablettes ou lecteurs de puces RFID n’ont pas été listés non plus.

La veille s’est concentrée sur les filières suivantes:

  • Bovin (distinction allaitant et laitier),
  • Caprin (lait et viande),
  • Ovin (lait et viande),
  • Porcin (engraisseur et naisseur),
  • Avicole (à chair ou ponte),
  • Ruminant,
  • Elevage laitier,
  • Elevage à fourrage.

Ce choix de ces filières a été déterminé par le pourcentage de production dans chacune de ces filières à l’échelle nationale, et au vu de la disponibilité et du déploiement des solutions numériques qui s’y référent. Certaines filières auraient pu être divisées en filière viande et laitière. Par soucis de simplification et parfois, de manque d’informations, aucune distinction n’a été faite. Plusieurs filières suivantes n’ont pas été étudiées, dont notamment les filières cunicoles, aquacoles et équines. Dans la filière cunicole, les solutions sont trop peu nombreuses pour être listées (ce sont souvent des solutions en lien avec les bâtiments comme par exemple des capteurs de niveau d’eau dans les abreuvoirs). La filière équine, quant à elle, est très bien équipée en outils numériques. Cette filière n’étant néanmoins pas très productive en France, elle n’a pas été recensée ici. La filière aquacole est une filière en développement, mais les technologies restent assez spécifiques ou moins diversifiées (ce sont par exemple des capteurs de suivi des paramètres chimiques de l’eau des bassins).

D’une manière générale, les solutions n’ayant pas de site internet officiel n’ont pas été prises en compte. Certaines solutions – bien qu’elles restent d’anciennes versions – ont été recensées car elles sont toujours en état de fonctionnement. Les solutions en cours de développement n’ont pas été considérées.

 

Les retours de Cécile suite à son stage :

D’une manière générale, les solutions numériques sont assez inégalitaires en production animale :

  • Certaines filières d’élevage sont largement privilégiées en termes d’outillage numérique. En général, la filière bovine est la filière la plus équipée suivie de la filière porcine. Au sein même de la filière bovine, la filière ‘bovin laitier’ est plus développée que la filière ‘bovin allaitant’. Les filières ovine et caprine ne sont pas bien équipées car il n’est pas vraiment rentable d’équiper une brebis avec capteur embarqué si le capteur est plus cher que le prix de vente de la brebis. L’adoption des solutions est forte en filière porcine car les éleveurs porcins s’informent des marchés sur les matières premières et que la filière porcine nécessite beaucoup de surveillance.
  • Certains itinéraires sont largement privilégiés également – c’est par exemple le cas de la reproduction
  • Certaines solutions sont spécifiques à une race d’animal ou à une région particulière
  • Il n’y a pas de réelle distinction dans les solutions entre les exploitations intensives et extensives. La différence étant que les exploitations extensives sont moins équipées à cause du plus faible nombre d’animaux.
  • Les exploitations mixtes (élevage et culture) ne sont pas réellement considérées en tant que telles, ce qui se traduit par un nombre de solutions bien plus faibles sur le suivi des fourrages, des cultures et des pâtures. Les exploitations mixtes peuvent avoir bien sûr des solutions en production végétale (une majorité d’entre elles a été recensée par Aspexit dans une infographie précédente) combinées aux solutions en élevage, mais elles ne sont pas réellement spécifiques à ce type d’exploitations.

Le pourcentage d’exploitation équipée en solutions numérique – quelles que soient les outils – reste faible (Observatoire des usages numériques – Usages du numérique en élevage, Lachia, 2018). Le faible taux d’adoption de ces outils peut avoir plusieurs origines: le manque de communication entre les acteurs, le manque de partage de données, le retour sur investissement de l’outil, la maîtrise de la solution ou encore l’interopérabilité entre les solutions. Jusqu’ici, rien de nouveau sous le soleil !

Pour continuer à prendre du recul

Pour ceux qui s’intéressent au numérique en production animale ou à l’élevage de précision, vous trouverez pas mal de littérature sur le sujet. Pour continuer la réflexion, je préfère vous proposer ici deux lectures autour de l’éthique du numérique en production animale, histoire d’avoir des visions un peu différentes de celles que l’on peut entendre régulièrement.

Wathes, C.M., Kristensen, H.H., Aerts, J.M., & Berckmans, D. (2008). Is precision livestock farming an engineer’s daydream or nightmare, an animal’s friend or foe, and a farmer’s panacea or pitfall? Computers and Electronics in Agriculture, 64, 2-10

Driessen, C., Heutick, L.F. (2014). Cows desiring to be milked? Milking robots and the co-evolution of ethics and technology on Dutch dairy farms. Agriculture and Human Values, 32, 3-20

 

LIEN VERS L’INFOGRAPHIE INTERACTIVE

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